Pour commencer cette conférence1, je voudrais vous raconter une anecdote historique. Dès janvier 1919, les prêtres catholiques américains devaient obtenir une autorisation de l'administration fédérale pour se procurer du vin de messe. L'ère de la Prohibition avait commencé. Pendant douze longues années, la production, le commerce et la consommation de boissons alcoolisées demeurèrent totalement interdits aux États-Unis. Très vite, on vit apparaître des sectes se réclamant du christianisme pour pratiquer, avec dérogation administrative, la communion sous les deux espèces. Tous les observateurs notaient le zèle particulier des fidèles pour l'absorption de vin consacré.
Il n'y eut pas que des petits malins pour tourner la loi sur la prohibition de l'alcool. Des mafias, habituées à fonctionner dans l'illégalité, saisirent une si belle occasion de diversifier leurs revenus traditionnellement liés au jeu et à la prostitution. Des distilleries clandestines proliférèrent dans tout le pays. Fabriqués à la hâte, sans hygiène, leurs produits rendaient souvent fou ou aveugle, mais quel recours avait limprudent consommateur ? D'autres gangs, qui ciblaient plutôt une clientèle fortunée, passaient en contrebande des spiritueux de qualité venus d'Europe. Largent du bootleg pervertissait lÉtat jusquau plus haut niveau; un des exemples remarquables reste celui de Joseph Kennedy, fondateur de la dynastie qui donna un président et plusieurs sénateurs au pays, et qui lui-même, après avoir édifié sa fortune dans limportation dalcool en fraude, se fit nommer à la tête de la puissante et prestigieuse Commission des Opérations de Bourse par les politiciens quil avait si longtemps stipendiés.
La conséquence la plus tragique de la Prohibition fut évidemment laugmentation spectaculaire des crimes de sang. Parce qu'ils ne pouvaient pas recourir aux tribunaux, les gangs réglaient leurs différends dans des batailles de rue, par des assassinats, qui marquent encore la mémoire de villes comme Chicago. On a pu écrire que la violence causée par la Prohibition a provoqué plus de morts pendant les douze années qu'elle a durées que n'en auraient causé la cirrhose et les accidents dus à l'alcool2.
Si tout ce que je viens de vous dire ne vous rappelle pas ce qui se passe aujourd'hui avec la prohibition de la cocaïne et des autres drogues, c'est que vous avez vécu sur une île déserte, sans journaux et sans radio depuis 20 ans.
Or, que s'est-il passé lorsque la Prohibition de l'alcool a cessé aux États Unis ? Des multinationales comme des petits producteurs ont mis en vente des vins et des spiritueux non frelatés. Les seules batailles quils ont continué de se livrer étaient sous forme de publicité et de prix cassés. La mafia a déserté ce secteur, et on ny a plus recensé aucun cas de corruption ni de " blanchiment ". Et, curieusement, la consommation dalcool comme celle de cigarettes diminue dans beaucoup de pays où la vente y est autorisée.
Est-ce que l'expérience que je viens de décrire de la prohibition de l'alcool aux États Unis n'aurait rien à nous apprendre, ou bien est-elle pertinente pour analyser cette nouvelle prohibition qui vise cette fois les amphétamines, la cocaïne, l'héroïne, le cannabis.., ce qu'on appelle communément " la drogue " ? Il y a quelque chose que je trouve effrayant dans lampleur et la violence de la répression qui sabat sur les drogués. Le discours utilisé, les moyens mis en uvre, sont vraiment ceux de la guerre3. Dans notre propre pays, qui se veut un modèle dÉtat de droit, les policiers et les magistrats réclament des lois dexception et des exceptions à la loi sous prétexte de trouver et punir les trafiquants. La délation devient obligatoire, comme aux beaux jours du nazisme et du stalinisme4. Lorsque les gouvernements, partout, montrent une telle unanimité répressive, est-ce que notre devoir minimum de citoyen nest pas de se poser des questions ? Se pourrait-il, par exemple, que nous soyons en train de répéter lerreur des prohibitionnistes de lalcool, dont les remèdes ont causé plus de morts que le mal quils voulaient combattre ? Se pourrait-il que la répression arrange autant les affaires des mafieux que celles des politiciens ? Tout ce qui concerne la drogue a des rapports avec notre inconscient, et cest précisément parce que lémotion quelle suscite permet toutes les manipulations que nous devons nous poser de telles questions.
La persécution des drogués
La première des manipulations est évidemment celle du vocabulaire. Lorsque les magistrats et les policiers prétendent qu'ils mènent la " guerre à la drogue ", ils abusent des mots. " Persécution " est le terme qui convient. Appeler leur croisade " persécution " rendrait la cause des policiers moins populaire, mais décrirait mieux la réalité. Car notez que dans une guerre, il y a deux adversaires qui luttent pour s'imposer l'un à l'autre. Or, le drogué ne menace personne, il se trompe certainement dans la voie quil a choisie, mais il noblige personne à le suivre; le drogué ne contraint personne à se droguer, cest nous qui voulons, par la force des armes, lui imposer notre propre façon de vivre. Alors, je m'interroge sur la raison même de cette persécution. Pourquoi interdire la drogue ? Car il ne peut pas, absolument pas, y avoir de justification rationnelle à l'interdiction de produire, de commercialiser et de consommer des drogues. Il n'existe pas de raison morale. Il n'existe pas de raison économique. Il n'existe pas de raison sociale. La persécution que pratiquent nos gouvernements n'est pas de l'ordre de la raison. Son absurdité est telle quil faut en chercher les causes dans nos peurs, dans la peur que notre société éprouve devant tous les essais de modifier les états de conscience. Nous n'aimons pas les mystiques, les chamans, nous ridiculisons les voyants, nous enfermons les fous et les délirants, même s'ils ne sont pas dangereux, nous persécutons les drogués, comme nous avons brûlé les sorcières. Dans notre société qui se veut sécularisée, la persécution des drogués est une persécution religieuse. C'est ce que je vais essayer d'expliquer.
Les vrais dangers de la drogue
Laissez-moi dabord vous dire que je suis confronté au problème de la drogue comme lest tout père de famille en Occident. La drogue névoque pas pour moi le stimulant intellectuel que prenaient Einstein, Freud (ou Sherlock Holmes), ni linducteur de rêveries et de visions quaffectaient Baudelaire, Malraux, Cocteau, Michaux et tant d'autres. Je suis atterré que la drogue soit aujourdhui celle que les lycéens refilent à leurs petits camarades, celle que contenaient les seringues abandonnées quon trouve dans les jardins publics, celle des junkies aux dents déchaussées et aux orteils horriblement piqués et tuméfiés, parce que les orteils sont moins repérables par les policiers que les bras.
Mais jai eu aussi une autre expérience de la drogue. Jai été président pendant dix ans dune société française qui produisait de la cocaïne - en toute légalité, car cet alcaloïde a encore un usage médical. Celle que nous produisions sous le contrôle du Ministère de la Santé et sous surveillance policière était " de la pure ", vendue à des laboratoires pharmaceutiques et des hôpitaux. De temps en temps, les douaniers nous envoyaient leurs prises en espérant que nous pourrions les traiter et leur acheter la cocaïne récupérée. Ces produits confisqués aux trafiquants déconcertaient notre meilleur chimiste et furent pour moi la révélation dune immense aberration dans notre politique répressive. La cocaïne de contrebande était tellement dénaturée, mélangée avec nimporte quelle poudre blanche, de la lessive, du plâtre même, les impuretés si nombreuses que, huit fois sur dix, elle était irrécupérable. Mais je réalisais que cest cette mixture que les jeunes prisaient ou sinjectaient. La dangereuse différence entre la cocaïne que nous produisions dans notre laboratoire et celle vendue dans la rue tenait aux impuretés. La pâte que fourgue un dealer est potentiellement mortelle, non pas tant à cause de la cocaïne quelle contient que des produits quon y a mêlés.
Ce qui sexplique aisément. La cocaïne, comme vous l'avez vu dix fois à la télévision, est extraite des feuilles dune plante, la coca. Son extraction demande un traitement chimique qui nécessite un appareillage simple mais encombrant. Linterdiction de la production de cocaïne fait que les laboratoires où lextraction seffectue doivent rester cachés dans des fermes, des usines désaffectées, des bidonvilles, et quils doivent déménager fréquemment ; les conditions dhygiène ne peuvent en aucun cas y être satisfaisantes. La vente des solvants organiques nécessaires à lextraction est elle-même contrôlée par la police. Les chimistes clandestins utilisent donc des ersatz quils préparent dans leur garage, dans leur cave, dont vous imaginez la qualité. Puis cette pâte frelatée doit passer les frontières, indécelée des douaniers. Récemment, j'ai entendu dire qu'un antiquaire a été arrêté à Genève. Il importait des tableaux, beaucoup trop de tableaux au sentiment des douaniers. La cocaïne était diluée dans le vernis qui recouvrait les toiles. Quelqu'un allait s'injecter du vernis de tableaux avec un peu de poudre dedans.
Les effets de la clandestinité
La nécessité de transporter clandestinement la marchandise incite les trafiquants à proposer les drogues les plus dures, celles qui pour le plus faible volume provoquent leffet le plus fort. On avait constaté le même phénomène et pour les mêmes raisons à lépoque de la Prohibition : la bière et le cidre avaient quasiment disparu au profit du gin et du whisky. La règle est quune substance interdite est vite remplacée par une autre plus nocive encore. Puis, la drogue en arrivant à destination est coupée par les revendeurs pour augmenter leur marge. Cest une nouvelle cause de pollution du produit, bien sûr, et un risque supplémentaire pour le drogué, car il ne sait pas dans quelle proportion la drogue est coupée, il ne peut pas calculer la dose de principe actif quil va consommer. Imaginez que vous preniez des pilules pour dormir, toutes de la même apparence, les unes contenant un gramme de somnifère, les autres dix grammes ou plus. Une fois, vous ne vous réveillerez pas. Les drogués meurent ainsi dune overdose.
Le commerce de la drogue, comme toute activité humaine, obéit à une cohérence économique. La répression sévère, qui va jusqu'à la peine de mort dans certains pays, est cause que loffre est réduite alors que la demande reste forte. La prohibition garantit donc des prix élevés aux trafiquants. Comme tout entrepreneur, ceux-ci veulent diminuer leur risque, dans leur cas, celui dêtre appréhendé; or leur marge commerciale est largement suffisante pour acheter la complicité des autorités, et, par conséquent, pour les plus gros trafiquants, le risque lié à lillégalité est plus théorique que réel.
Les prix élevés de la drogue dus à son interdiction sont la raison de manifestations de délinquance et de violence menaçant toute la population, même celle qui se tient à lécart de ce trafic. Dune part, des bandes armées se disputent cette activité si lucrative, tuant indifféremment leurs rivaux ou des passants. Dautre part, de nombreux consommateurs ne peuvent se procurer largent de leurs doses sans recourir au vol. Même si vous navez jamais été directement victimes de la délinquance des drogués, vous en supportez le coût. Les compagnies dassurances vous le font payer dans leurs primes.
Ce recours au vol explique pourquoi la cherté du produit nest pas un frein à la consommation, comme ce serait le cas sur un marché légal. Puisquils sont de toutes façons refoulés dans la clandestinité, les consommateurs de stupéfiants nont plus à se priver de voler largent quils ne gagnent pas, ce qui leur confère un pouvoir dachat en théorie illimité. Certes, voler sans se faire prendre demande des capacités, mais les drogués pratiquent volontiers la vente " boule de neige ". Un héroïnomane a intérêt à acheter plus de produit qu'il n'en consomme lui-même et à se faire une clientèle à qui revendre le surplus. Ce sont donc sur ses clients quil reporte le sale boulot de voler des autoradios ou d'arracher des sacs à mains.
La prohibition de la drogue est lexemple type dintervention administrative fourvoyée. On prétend lutter contre les trafiquants, et quelques uns effectivement sont arrêtés, mais on assure à tous les autres des bénéfices exorbitants. On prétend protéger les drogués contre eux-
mêmes, mais la prohibition incite les trafiquants à ne commercialiser que les drogues les plus
dangereuses. On prétend moraliser la société en éliminant un vice, mais on induit un supplément de violence et de délinquance dont toute la société subit le coût moral et matériel5.
Les fruits de la légalisation
Je pars de lhypothèse que le but réel des pouvoirs publics est de protéger les drogués et de mettre un terme à la criminalité liée au trafic de stupéfiants. Je ne suis pas certain que cette hypothèse soit la bonne, mais admettons-la provisoirement. Est-ce que, dans ce cas, la solution ne serait pas de légaliser la drogue ? Non pas dépénaliser sa consommation : cette demi-mesure adoptée aux Pays-Bas, si elle représente un progrès, nélimine pas le danger de la fabrication clandestine. La légalisation signifie tout bonnement que la drogue sera en vente dans les circuits commerciaux habituels, comme le sont le vin et les cigarettes.
Préconiser la vente de haschich et de cocaïne en épicerie apparaîtra peut-être à certains d'entre vous comme une monstruosité. Pourtant les avantages sont décisifs de transformer ce qui est un trafic glauque et sanglant en un marché transparent. Sur tous les marchés libres, les fournisseurs sont des entreprises ou des particuliers identifiables et civilement responsables. Lorsque les fournisseurs commercialiseront en leur nom, sous leur marque, le haschisch, la marijuana, la cocaïne, lecstasy, le LSD.., chaque consommateur aura lassurance dacheter un produit qui nest pas frelaté (et si jamais il létait, ce consommateur pourrait se retourner contre le fournisseur et lui réclamer des dommages, ce qui est évidemment impossible dans la clandestinité d'aujourd'hui)6.
La concurrence des fournisseurs apporte aussi la perspective dune diminution de la toxicité des produits. Nous oublions en lappelant toxicomane que ce nest pas la toxicité que cherche le drogué, mais une certaine forme de bien-être physique. Or, éliminer la toxicité est autant lobjectif de lentreprise que le souhait du drogué. Même si vous n'accordez aucune once dhumanisme aux hommes daffaires, vous devez au moins reconnaître quen saine logique commerciale tuer ses clients nest pas une stratégie viable. Dès qu'ils seront libres de commercialiser ce quon ne pourra plus appeler de la drogue, mais des euphorisants, des stimulants intellectuels ou des inducteurs de rêveries, les industriels voudront satisfaire le consommateur en créant des produits correctement dosés, sans effets secondaires. Aujourd'hui, avec ou sans lencouragement des pouvoirs publics, les entreprises ont bien mis sur le marché des cigarettes légères, des colas et des pâtes à mâcher sans sucre, du café sans caféine, des huiles alimentaires sans cholestérol... On verra dans la même logique les fabriquants de drogues rivaliser pour proposer les produits les moins nocifs possibles. En outre, la disponibilité de produits aux effets presque similaires fait naturellement disparaître le besoin des produits plus toxiques.
Pourquoi prendre le risque de labsinthe alors quon trouve du pastis ? De même, pourquoi prendra-t-on le risque du crack lorsqu'on trouvera sur le marché de la cocaïne pure et pas chère ?
On peut ainsi espérer que les laboratoires, lorsqu'ils auront le droit de faire de la recherche sur ces produits, ce qui vous savez leur est totalement interdit aujourd'hui, découvriront rapidement un moyen de diminuer le phénomène daccoutumance que créent certaines drogues. Contrairement à ce quune analyse superficielle peut faire croire, laccoutumance ne joue pas en faveur du producteur7. Cest la crainte de l'accoutumance, au contraire, et des effrayantes crises de manque quelle occasionne qui agissent comme un frein à lextension de la consommation. Or, quel est le producteur qui ne souhaite pas lever les freins à la diffusion de son produit ?
Une autre conséquence bienvenue de la légalisation totale sera leffondrement des prix, libérant le drogué de la nécessité de la délinquance pour acheter ses doses. Des produits moins toxiques et moins chers signifient quun consommateur pourra le plus souvent conserver son travail et que son salaire lui permettra de satisfaire son besoin. Une marge commerciale qui nintègre plus une prime pour lillégalité de la transaction découragera les mafias, qui chercheront vite ailleurs dautres activités plus lucratives8.
Apprendre à boire, à fumer, à sniffer
La légalisation sans restriction de la drogue ne veut pas dire un monde de junkies, pas plus que depuis la fin de la Prohibition, les États Unis ne sont devenus un pays divrognes. Ce nest pas la répression policière, mais lexemple et léducation qui permettent de limiter la consommation de drogues. Il existe des comportements pathologiques liés à tout ce que nous consommons (des fumeurs à la chaîne, des boulimiques et des alcooliques..), mais la civilité, les rites, les usages, ont pour effet dexercer une pression modératrice sur chacun. En Occident, on ne fume pas partout ni nimporte quand; on ne boit pas le matin, ni en dehors des repas avant le soir... Chez les Indiens du Mexique, il existe des rites à respecter avant de mâcher le peyotl.
Les parents apprennent ces règles à leurs enfants. La socialisation de la consommation
permet la transmission à chaque génération dun enseignement sur le bon
et mauvais usage de la
drogue. Or, ce nest pas seulement le produit que la répression frappe, mais son mode demploi. Dans le monde fermé et clandestin des drogués, les illusions et les mythes les plus
fous circulent sur des substances qui pourtant réclament plus que dautres dêtre traitées avec sagesse et compétence. La légalisation et la banalisation de la drogue, la diminution en même temps de sa dangerosité, auront pour conséquence que nous pourrons lintégrer dans notre culture pour en réguler lusage9.
Les mauvais prétextes dune politique répressive
Nous avons dressé un constat d'échec total de la répression. Je crois que vous pourrez en convenir, il suffit de regarder autour de soi, la répression, ça ne marche pas. La moitié des poursuites pénales dans un pays comme la France, la moitié des incarcérations aux États Unis, sont liées à la drogue. Cest un chiffre effarant, et pourtant le nombre des drogués ne fléchit pas. Jusquoù voulons-nous aller ? Mettre un policier dans chaque salle de classe, dans chaque boîte de nuit ? En regard de cet échec, jai essayé de décrire les avantages quoffrirait la légalisation complète des drogues. Alors pourquoi persévérer dans la voie de la répression et de léchec, alors quil existe une alternative ?
Cet entêtement dans léchec ne peut pas être pour des raisons économiques. Quand on se place du point de vue même des États persécuteurs, toujours en situation de semi-banqueroute, la légalisation représente un gisement fiscal : dun trait de plume abolitionniste, tout le commerce de la drogue deviendrait imposable. En revanche, la clandestinité entraîne des dépenses budgétaires considérables sans recettes correspondantes. Voyez l'encombrement de la justice, le maintien des contrôles douaniers aux frontières, le quadrillage policier du pays, l'emprisonnement de dizaines de milliers de trafiquants, auquel il faut ajouter les coûts hospitaliers du traitement des drogués, la propagation du SIDA, etc. Economiquement, la légalisation ne peut pas coûter plus cher à la société que la répression.
Ce nest pas non plus pour des raisons sociales et de santé publique que la répression se justifie. Largument ici serait celui des partisans de lavortement. Puisquon ne peut pas interdire efficacement lavortement, faisons au moins quil ne mette pas en danger la vie de la mère. Il ne sagit pas dapprouver le choix de la drogue ou de linterruption de grossesse, mais lorsque ce choix est fait, de permettre quil najoute pas le risque physique à la faute morale. Il est étonnant que les mêmes politiciens qui ont approuvé lIVG en raison de cet argument
refuse de le considérer lorsquil sagit de la drogue. Et puisque nous parlons de santé publique, je voudrais rappeler des faits : le premier est que lalcool en France tue 100 fois plus que la drogue, et la drogue tuerait moins si elle nétait pas interdite; le deuxième est que le passage des drogues douces aux drogues dures nest pas automatique, pas plus que celui qui se met à boire un verre de vin par repas ne deviendra nécessairement un alcoolique. Il y a aux États Unis 40 millions de personnes qui ont fumé un joint, et seulement 700,000 héroïnomanes, soit 1,75% dutilisateurs de " drogues douces " qui ont fait le pas vers une plus grande toxicité. Contrairement à une idée répandue, ce nest pas le produit qui force la dépendance, mais plutôt la psychologie de lindividu qui recherche cette dépendance. Très peu des dizaines de milliers de militaires américains qui consommaient de lhéroïne au Vietnam nont connu des problèmes de dépendance à leur retour au pays.
Enfin, ce ne saurait être non plus pour des raisons morales que nous continuons
la répression. La distinction à établir ici est celle entre la morale et le
droit : ce nest pas parce quun produit
ou un comportement sont bénéfiques que les pouvoirs publics doivent les rendre
obligatoires (tout au plus, ils peuvent se contenter de les conseiller); et
ce nest pas parce que dautres produits ou comportements sont nuisibles
pour ceux qui les adoptent que les pouvoirs publics doivent les interdire (ils
doivent seulement émettre des mises en garde). Le rôle des pouvoirs publics
dans un État de droit est de protéger les citoyens contre lagression dautrui,
pas contre eux-mêmes. " La liberté consiste à faire tout ce qui ne
nuit pas à autrui " affirme la Déclaration des Droits de lHomme.
Le port du voile ou de plumes sur la tête, la consommation de porc, dalcool
ou dalcaloïdes, un traitement médical, sont des choix qui ne sauraient
nuire (éventuellement) qu'à ceux qui les ont faits, pas à autrui. Chacun de
nous devrait pouvoir dire, en paraphrasant Voltaire : " Je napprouve
pas ce que vous sniffez, mais je me battrai jusquau bout pour que
vous puissiez le faire ".
Confondre le vice et le crime, la loi morale et le droit, est lessence du fondamentalisme10. Or, moralement, le fondamentalisme est indéfendable, il ny a de morale que dans la liberté. Le paradoxe est que ce sont les dirigeants des démocraties occidentales qui se proclament les champions de la liberté et qui pratiquent en même temps le fondamentalisme le plus rétrograde en se voulant à la pointe du combat contre la drogue. Position idéologique difficile à tenir : Comment expliquer que chaque adulte ait le droit délire les dirigeants de la Cité, de se prononcer sur le niveau des impôts, la peine de mort, les lois scolaires..., cest-à-dire comment expliquer que le citoyen posséderait assez de jugement pour voter comment les autres doivent vivre, mais n'en aurait pas assez pour décider comment vivre lui-même ?
De quelle contrebande parlons-nous ?
Alors si la répression ne répond pas à des raisons économiques, sociales et morales, si elle na aucune chance de triompher du mal quelle prétend combattre, pourquoi la continuer ? Je vous propose deux réponses. La première est celle-ci : Et si cétait la répression elle-même qui était le but recherché ? Si la lutte contre la drogue n'était qu'un prétexte ? Si le véritable enjeu était non pas déradiquer la drogue, mais de trouver un moyen de faire accepter aux populations les plus jalouses de leurs libertés les lois les plus liberticides ? La grande opération de contrebande à laquelle la drogue donnerait lieu serait de faire passer sans les déclarer les mesures policières du temps de guerre.
On ne fiche plus les gauchistes, mais comme on ne peut pas sempêcher despionner les citoyens, on fiche ceux que lon suspecte dintelligence avec les trafiquants. Les citoyens naiment pas quon puisse écouter leurs conversations téléphoniques, et il ny a plus de guerre froide pour le justifier, alors on prétexte la "guerre à la drogue"11. Cest en raison de cette prétendue " guerre " que les gouvernements cherchent à interdire le cryptage de la correspondance sur Internet. Lorsquil sest agi de supprimer les contrôles frontaliers au sein de lUnion Européenne, cest bien en invoquant le danger de contrebande de drogue que les douaniers ont écarté cette menace à leur emploi. Cest toujours en raison de cette " guerre " si opportune contre les narco-trafiquants quon autorise les policiers à procéder à des gardes à vue arbitraires et des confiscations de biens sans jugement12.
Certes, il ne s'agit pas d'un vaste complot contre la liberté ourdi par les gouvernements du monde. Ce n'est pas ainsi que les démocraties fonctionnent. Il faut dans nos pays que convergent de multiples intérêts corporatistes pour faire accepter une politique fondamentaliste de cette ampleur, véritable choix de société. Or, il se trouve que beaucoup de professionnels de la répression, tout en déplorant peut-être sincèrement le sort des drogués, seraient bien en peine de trouver un autre métier que celui de les persécuter. La justice a besoin de délinquants (que les policiers appellent avec raison leurs " clients "). Cest pourquoi la répression de la drogue arrange bien des intérêts. Il ne faut pas croire que les commis de lÉtat, parce quils apparaissent moins motivés que dautres par largent, nont pas dintérêt personnel. Bien sûr quils ont le souci de leur carrière, de limportance de leur personne aux yeux dautrui, et cest normal. Bien sûr quils cherchent une gratification dans leur métier, mais ils la trouvent malheureusement dans la plus pernicieuse de toutes les passions, lexercice du pouvoir sur autrui.
Un paysan se bat pour vendre son lait plus cher, un libraire pour vendre plus de livres; vous trouvez cela normal. Dans la même logique de leur intérêt personnel, les policiers réclament une répression toujours plus sévère, qui gonfle leur importance sociale et leur budget. Les procureurs trouvent dans cette répression loccasion de promotions et de célébrité13. Les politiciens se flattent à la télévision de défendre la jeunesse et la santé morale du pays. Profitant de laubaine, les fonctionnaires du fisc obtiennent la levée du secret bancaire, les douaniers procèdent à des perquisitions sans mandat. Pour ces petits et grands serviteurs de lÉtat, protéger leur sinécure, affirmer leur pouvoir, mener une grande croisade médiatisée mondialement, sont des motivations fortes. Entre-temps, les drogués meurent et les trafiquants prospèrent.
Alors on comprend que la plus grande vertu de la répression est son inutilité. Parce quelle ne parviendra jamais à son but, la répression garantit la pérennité des bureaucraties qui lexercent.
La nouvelle Inquisition
Mais il existe une autre explication. Un tel acharnement, la mise en uvre de tant de moyens, ne peuvent pas être la seule expression dintérêts corporatistes. Très peu dêtres humains sont capables dagressions répétées et systématiques contre des innocents dans le seul but de servir un plan de carrière. Il faut au persécuteur une croyance, il faut à ses procureurs, ses gendarmes, ses délateurs, la certitude de servir une cause supérieure qui les déresponsabilise de la violence quils exercent et en justifie même par avance les excès.
Je dis que dans le cas de la drogue, cette justification est dordre religieux. Je crois quon ne peut pas expliquer la persécution des drogués si on ne fait pas appel à la notion de persécution religieuse.
Je mexplique. Toutes les sociétés connaissent des interdits alimentaires, par exemple, lalcool et la viande de porc pour les musulmans, la viande de boeuf pour les hindouistes, dinnombrables produits pour les juifs... Ce nest pas parce que ces produits sont dangereux pour la santé quils sont interdits. Les grecs et les romains, sous le même climat quIsraël, mangeaient tout ce dont les juifs se privaient. Le but de ces interdits est dordre symbolique. Il manifeste, entre autres, lappartenance à un peuple. Le tabou alimentaire oblige chaque musulman devant ses hôtes à se déclarer membre de ce peuple du Coran, à qui il nest pas permis de manger du porc. Notre peuple est celui de la technique, de la rationalité triomphante, et il ne nous est pas permis de consommer les produits qui pourraient altérer cette capacité de raisonner. Toute drogue qui modifie les états de conscience représente un sacrilège à lencontre du culte de la Rationalité14.
Mais il y a ici un paradoxe. La rationalité et le progrès technique sont les seules valeurs que nos sociétés modernes peuvent opposer à la culture de la drogue. La technique nous a permis de faire fructifier les disponibilités de la nature, de transformer la matière (pour le meilleur et pour le pire), elle nous a permis de modifier les processus infectieux, physiologiques, cellulaires, du corps humain, et elle nous permet aussi de modifier les états de conscience.
Puisque cette innovation est possible, elle aura lieu, il ny a rien que les gardiens de lordre moral puissent faire contre le besoin de notre société dexpérimenter. Ils ne pourront pas interdire aux gens daller plus loin dans lexploration du potentiel humain : exploration du potentiel physique à travers le sport et la médecine, du potentiel créatif à travers les affaires, lart, la science, et exploration du potentiel de notre conscience par lascèse, la transe, et lusage des drogues.
La persécution des drogués est le fait de ceux qui sopposent au progrès, tout simplement. Lobscurantisme a changé de camp. Le dogme officiel, lidéologie au pouvoir, nest plus celle de la Curie romaine15, elle est celle des scientistes. Les blouses blanches ont remplacé les soutanes. Les scientistes ont cru quils pouvaient modéliser les choix, les aspirations, les sentiments des êtres humains, et quils pouvaient planifier la vie en planifiant léconomie. Le drogué vient soudain nous rappeler quil existe dautres valeurs qui échappent à toute comptabilité, dautres valeurs que celles de la rationalité, même si ce ne sont pas ces valeurs-là que vous et moi voulons pour nous-mêmes.
Lautre paradoxe est quavec ces prétendus défenseurs de la rationalité, tout débat rationnel sur la drogue est impossible. Pour paraphraser Timothy Leary, on peut dire que les drogues sont des substances qui provoquent des comportements irrationnels et délirants chez ceux qui nen prennent jamais. Nous sommes bien ici dans le domaine de la croyance. Nous avons ici lévidence que cette persécution est dordre religieux. Expliquer à un procureur genevois ou new-yorkais quil peut y avoir du plaisir à fumer un joint est tout aussi inutile (et dangereux)16 que de vanter à un ayatollah les mérites dun vieux bordeaux17. Cela dit, pourquoi pas ? Je nai pas de problème avec cette absence de dialogue. Nous navons pas besoin de débattre de nos convictions religieuses, il suffit que nous ayons le droit de les pratiquer. Nous navons pas besoin de convaincre autrui des bienfaits de la cocaïne ou du vin, il suffit quautrui nous les laisse consommer. Ce qui est à ouvrir dans notre société nest pas un débat sur la drogue, mais sur le Droit. La seule question à se poser à propos de la drogue est de savoir si un être humain, adulte, citoyen, électeur, a le droit dingérer une substance qui lui plaît, en pleine connaissance de cause, sans menacer autrui18.
En manque de liberté
Ce que révèle cette question de la drogue est combien notre société est en manque - en manque de liberté. Pourtant je suis sûr que la légalisation complète de la drogue est aussi inéluctable à terme quelle est difficile à imaginer aujourdhui. Je dis que dans 20 ans nos enfants seront effarés dapprendre que nous avons persécuté les drogués, exactement comme nous avons du mal, nous, à imaginer que nos parents ont emprisonné des homosexuels et des brasseurs de bière, et que nos ancêtres ont brûlé des hérétiques et des sorcières.
Alors laissez-moi formuler un vu pour terminer. Jespère quun jour notre société cessera de persécuter ceux qui souhaitent vivre différemment sans forcer les autres à les suivre. Jespère quelle cessera de persécuter ceux qui explorent dautres modes de vie où nous nosons pas nous engager - en dautres termes, je souhaite que les guerres de religion ne soient pas une fatalité.
Daprès une conférence donnée à Toulouse en septembre 1996
Références:
1. A la réflexion, jaurais dû commencer cette conférence en rappelant quil nexiste pas de définition objective de " la drogue ". Mon livre de référence, lEncyclopedia Universalis, définit la drogue comme " une substance naturelle ou synthétique, inscrite sur une liste annexée à une convention internationale et soumise à réglementation ". En dautres termes, une drogue est ce quun gouvernement déclare être une drogue. Ainsi le président des États-Unis vient de décrêter que le tabac est une drogue; mais le tabac nest pas une drogue pour le reste du monde. Depuis des siècles, les indiens des Andes mâchent de la feuille de coca; la plupart des gouvernements ont déclaré que mâcher des feuilles de coca est un crime. La législation des pays musulmans range le vin parmi les drogues et en punit la consommation; celle des pays européens encourage la consommation de vin, subventionne sa production et protège les marques. La metanone et le DHEA sont vantées comme des molécules " miracle " et proposées en vente libre dans tous les drugstores aux États-Unis, mais figurent sur la liste des substances interdites en France.
2. Mark Thornton, The Economics of Drug Prohibition, University of Utah Press, 1991.
3. " War on drugs " est le slogan relancé par chaque président américain depuis Nixon. Le Monde Diplomatique davril 1994 estime quune armée internationale dun demi-million dagents se consacre exclusivement à la lutte contre la drogue, en disposant dun budget annuel de quelques 50 milliards de francs.
4. Un projet de loi sur les services financiers en Suisse prévoit que si un banquier reçoit de largent dun client, et quil peut supposer que cet argent est dorigine criminelle, il doit ouvrir avec empressement le compte du client, puis bloquer les fonds et avertir la police.
5. Un proverbe dit que lenfer est pavé de bonnes intentions. Nous avons déjà vécu un tel échec des bonnes intentions administratives avec la prohibition de lalcool. Exemple plus récent : le gouvernement français en 1989, proclamant son émotion devant le sort des drogués, bannissait la vente de seringues. Comme conséquence directe de cette sollicitude, la France comptait quelques années après le nombre le plus élevé en Europe de contaminés du SIDA, et la vente des seringues dut être à nouveau autorisée.
6. Ce nest pas parce quil vend de la drogue quun trafiquant est condamnable, mais parce quil trompe le plus souvent lacheteur sur la qualité de son produit.
7. Comme lécrit Olivier Méresse dans un excellent article de la revue Autre Chose : " Reconnaissez-le, sil était démontré que lhéroïne ne crée aucune accoutumance (et nest pas toxique), sil était démontré que le fait den prendre ne donne aucune envie artificielle den reprendre, vous auriez déjà essayé. Vous êtes donc comme tout le monde, vous en mourez denvie. Cela vaut toujours mieux que den mourir. ".
8. Il est grandement à souhaiter que lorsque la légalisation des drogues aura lieu, le corps médical, les éducateurs, les journalistes, et des myriades dassociations, entameront des campagnes vigoureuses dinformation sur les dangers de tous ces produits. Un produit ne devient pas inoffensif parce quil est légalisé et la mise en garde des utilisateurs est un devoir. De même, on peut penser quà titre privé, des détaillants sabstiendront doffrir des stupéfiants aux mineurs, des employeurs ne recruteront pas des drogués si leur travail peut être affecté, des compagnies de transport nembarqueront pas des personnes sous lemprise évidente dune substance quelconque (elles refusent déjà les passagers en état débriété), les organisateurs de compétitions sportives maintiendront des listes de produits dont les athlètes devront s'abstenir s'ils souhaitent participer aux épreuves... Bien sûr, dautres détaillants, employeurs et organisateurs, adopteront une attitude différente à légard des drogués. Cette pluralité des réactions manifeste la différence entre une société de liberté et un régime de persécution.
9. On ne sait pas assez que jusquaux années 1920, lopium, la morphine, la cocaïne, étaient en vente libre dans les pharmacies. Le Coca Cola doit son nom au fait quil contenait réellement de la cocaïne. Comme le rapporte Roch Côté, dans son livre Drogue, La Guerre chimérique, Les Belles Lettres, 1996, le Coca Mariani, un vin de bordeaux additionné de feuilles de coca, dont chaque verre contenait léquivalent dune ligne de cocaïne pure, était apprécié partout en Europe pour ses vertus revigorantes. Le pape Léon XIII, les souverains dAngleterre, de Russie, de Suède, de Norvège, tout comme Dumas fils, Jules Verne, Edmond Rostand, Emile Zola, Anatole France, figurent parmi les célébrités qui exprimèrent leur témoignage de reconnaissance envers le pharmacien corse Angelo Mariani et son merveilleux élixir (fait historique rapporté aussi dans lAtlas Mondial des Drogues, publication de lObservatoire géopolitique des drogues, Paris, PUF, 1996).
10. " Les vices sont des actes par lesquels un homme nuit à sa propre personne ou à ses biens. Les crimes sont des actes par lesquels un homme nuit à la personne ou aux biens dautrui. .. Tant quune distinction entre les vices et les crimes ne sera pas clairement établie et reconnue par les lois, il ne pourra exister sur terre aucun droit, liberté ou propriété individuels.. ", Nos vices ne sont pas des crimes, stimulant essai, publié en 1875, de lanarchiste américain Lysander Spooner, trad. française, Bibliothèques 10/18, 1996.
11. " La guerre est la bonne santé de lEtat. Elle met en branle dans la société ces forces irrésistibles qui conduisent à luniformité, à la collaboration passionnée avec les autorités, à la mise au pas des minorités et des individus qui nont pas le sens du troupeau " écrivait le poète Randolph Bourne en 1917.
12. Lorsque le Droit est violé, c'est-à-dire lorsqu'une personne est victime d'une agression sur elle-même ou ses biens, elle a toutes les raisons de dénoncer son agresseur et de réclamer une réparation. Mais lorsqu'une loi arbitraire est violée, c'est-à-dire lorsqu'il n'existe pas de victime, ou lorsque la victime ne peut pas se manifester parce qu'elle serait aussitôt déclarée coupable elle-même, ce qui est le cas des acheteurs de drogues frelatées, personne ne porte plainte ; alors le policier ne peut apprendre lexistence du prétendu délit que par ses " indics ", par la délation, la violation du secret de correspondance, les écoutes téléphoniques, le chantage ; abandonnant sa vocation de nous protéger pour courir après des malfaiteurs imaginaires dont personne ne se plaint, chaque policier se transforme en espion méprisable de nos vies.
13. Ce nest pas moi qui le dis. Un ministre français a déploré publiquement ce " couple médiatico-judiciaire ".
14. Les médecins distribuent certaines substances qui altèrent les états de conscience (tranquillisants, somnifères), mais le tabou contre " les drogues " est si puissant quil simpose même à ces figures emblématiques de la science, qui nont pas le droit de prescrire de la marijuana, par exemple, alors que son usage apaise les spasmes de certains cancéreux.
15. Elle a condamné Galilée, cest lexemple obligé, représentatif dun phénomène récurrent dans lhistoire. Quon songe plus récemment aux biologistes qui sopposaient à Lyssenko. Comme lécrit Ayn Rand, lhomme qui inventa le feu fut probablement condamné à être brûlé vif par les chefs de sa tribu.
16. Le Code pénal condamne ceux qui font lapologie de la drogue. Je mempresse daffirmer que ce texte nest pas une apologie de la drogue.
17. Le Commissaire aux Affaires Sociales de la Ville de New York déclarait il y a peu quon pourrait lui apporter toutes les preuves que la vente libre des seringues réduirait la propagation du SIDA quil ne reviendrait pas sur sa décision de les interdire. Lire à ce sujet lexcellent article de James Ostrovsky, War On Drugs, War On Progress, dans Liberty, Septembre 1992.
18. Comme jai écrit ailleurs, il y a deux dangers contre lesquels lEtat ne peut pas nous protéger : nous-mêmes et lui-même. Et ce dernier danger nest jamais plus grand que lorsque lEtat veut nous épargner le premier.